Un tapis peut-il raconter un état d’âme ? C’est le pari de la manufacture portugaise Ferreira de Sá, qui vient de dévoiler une nouvelle collection inspirée du Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa. Baptisée Desassossego (Disquiet en anglais), elle a été mise en scène dans un palais lisboète du XVIIIe siècle, le Palácio do Grilo, comme le raconte AD Magazine dans un article publié le 29 octobre 2026.
Pour qui aime les intérieurs qui ont du caractère, cette collection dit quelque chose de l’air du temps : la recherche d’objets imparfaits, faits à la main, qui assument leurs irrégularités.
Plan de l'article
Treize tapis comme autant de fragments #
Selon AD, la collection réunit treize créations inédites, pensées comme les fragments d’un récit inachevé. Irrégularités, lignes mouvantes et compositions inattendues traduisent ce que le magazine appelle une « poésie de l’incertitude », où le calme n’exclut pas le trouble.
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La marque explique sa démarche par une référence directe à l’écrivain : « Fernando Pessoa n’a jamais cherché la certitude. Il a recueilli des moments, des contradictions, des hésitations », cite AD. Sur sa page officielle consacrée à la collection, Ferreira de Sá décrit l’intranquillité comme une tension intérieure, une agitation discrète suspendue entre immobilité et mouvement, et rappelle que Le Livre de l’intranquillité en a donné l’expression la plus durable.
Plusieurs techniques réunies
La collection ne repose pas sur un seul savoir-faire. La manufacture y combine le tufting, le nouage à la main, le tissage à la main et le tissage plat. Chaque pièce développe ainsi son propre langage, avec des motifs, des formats et des textures qui varient d’un tapis à l’autre.
Ce mélange donne à l’ensemble une vraie profondeur de matière. Un tapis tufté n’accroche pas la lumière comme un tapis noué, et un tissage plat se lit davantage comme un graphisme posé au sol. Réunis, ils composent une collection où l’on joue sur les reliefs autant que sur les dessins.
Un palais patiné pour décor #
Le choix du lieu n’est pas anodin. Derrière ses murs rose délavé, le Palácio do Grilo cultive une esthétique patinée et théâtrale, décrit AD : une succession de salons, de galeries et de décors peints, dont les fresques et les surfaces marquées par le temps forment un écrin chargé de mémoire. Le lieu accueille aussi des artistes et des performeurs, ce qui en fait davantage un théâtre vivant qu’un musée figé.
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Pour la présentation, les tapis ont été confrontés à leur propre reflet dans des miroirs. Ils se dédoublent, se déforment, et les perspectives se brouillent, en écho à l’œuvre de Pessoa. Parmi les pièces photographiées figure le tapis Orpheu, présenté dans le jardin du palais.
L’imperfection revendiquée
Le discours de la marque prend le contre-pied d’une époque très calculée. « Dans un monde où les algorithmes exercent la précision chirurgicale, où l’intelligence artificielle calcule la symétrie parfaite […], nous choisissons l’imperfection », affirme Ferreira de Sá, toujours selon AD. Pour la manufacture, la beauté réside dans ce qui échappe à la régularité mécanique.
Une maison née des filets de pêche #
Ce goût pour le geste artisanal s’explique par l’histoire de l’entreprise. Ferreira de Sá a été fondée en 1946 à Silvalde, près d’Espinho, dans le nord du Portugal. Sur la page de présentation de la marque, elle rappelle que dans cette région côtière, le nouage servait d’abord aux filets de pêche avant de devenir une pratique textile. Toute la production est réalisée au Portugal, et environ 90 % est exportée vers plus de soixante marchés.
AD souligne que la maison a conservé ses techniques historiques tout en intégrant des outils technologiques, sans remplacer la main de l’artisan.
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Comment s’inspirer de cette collection chez soi #
Inutile de vivre dans un palais lisboète pour retenir la leçon. Un tapis aux lignes irrégulières suffit souvent à donner du mouvement à une pièce trop sage, surtout dans un salon aux meubles très droits. Le contraste fonctionne particulièrement bien sur un parquet ancien ou un sol en béton ciré, qui mettent en valeur les reliefs.
Le jeu de miroirs de la présentation donne aussi une idée simple : placer un grand miroir face à un tapis graphique multiplie son effet et agrandit visuellement l’espace. Enfin, l’esthétique patinée du Palácio do Grilo rappelle qu’un beau tapis gagne à côtoyer des matières qui ont vécu, comme un enduit à la chaux, un bois brut ou un meuble chiné.
Avec Desassossego, Ferreira de Sá confirme une tendance de fond dans la décoration : le retour du fait-main et de l’imperfection assumée, à rebours de la standardisation.




